Enfoncez vous dans le sol, regardez au loin
Les yeux de vos voisins, voyez-y vos anciens
Le temps viendra, où vous y verrez le chemin
Mais ne vous faites pas d'espérances trop farfelues
Là bas, on ne vous attend plus.
Le vent de la mer levantine était venu de l'Égée souffler aux visages grecs le sel, le prétrichor, les pêcheurs de coquillages qui étaient sortis au printemps.
Les racines étaient plantées, on perdit les chants et les cuisines, le turc devenait grec, le grec turc.
Mais la terre des pères était toujours là, on entendait encore au loin le vieux language.
Une piqûre du passé, qui ne blessait pas beaucoup. C'était le signe de ceux qui grimaçaient qu'ils étaient qui ils étaient.
À ceux là d'Anatolie, aussi proches qu'ils furent, la patrie tirait un sens plus grand que pour ceux qui restaient en Grèce. Point de fanatisme, encore moins
de jingoïsme d'un peuple parti coloniser l'étranger. C'est le sentiment simple du voyageur, perdu en mer, qui attend passivement sur une île, qu'on lui montre
le chemin de chez lui.
C'est une sensation douce, mais à ceux d'entre nous à qui les racines appellent un antique passé qui n'était pas; et que nous n'aurons jamais, et qui ne nous
relie à rien, ne nous enracine en rien, nous endolorit en vain, nous ne reconnaissons pas les nôtres. Ne connaîtrons jamais de fin, de repos, de soutien,
de foyer où retourner. C'est à ce prix là que l'on peut s'élever. Un peu.
En 1923 le peuple Grec de l'est se confrontait à ceux qui étaient resté là, et qui ne les attendaient pas. À ceux là il fallait rappeler que les sensations
d'appartenance n'étaient que sensations.
La plupart d'entre eux repartirent alors ailleurs, en Europe, ou en Amérique.